Motion adoptée en l'AG du LARHRA au sujet de la Loi de programmation pluriannuelle de la recherche

Mobilisé·es, les membres du LARHRA expriment leur opposition aux orientations de la future Loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR), et demandent la mise en place d’une véritable concertation impliquant tous les acteurs concernés. Elles et ils ont voté, en assemblée générale, le 17 février 2020, à la majorité des présent·es la motion qui suit pour expliquer et affirmer leur démarche.

 

Motion du LARHRA

Alors que se prépare une Loi de programmation pluriannuelle pour la recherche (LPPR), les déclarations du président du CNRS et la publication des rapports préparatoires ont fait naître de vives inquiétudes sur les orientations que le gouvernement pourrait lui donner.

Si ces rapports proposent un état des lieux qui peut être partagé, leurs préconisations ne feraient qu’amplifier la crise actuelle en accentuant l’évolution autoritaire et bureaucratique de la politique de la recherche et en marginalisant la recherche fondamentale. Leurs préconisations négligent les propositions avancées par les laboratoires, les chercheur·es et les enseignant·es-chercheur·es lors de l’enquête préparatoire d’avril 2019. Ces préconisations se situent dans la continuité de la loi LRU (dite Pécresse) de 2007, de la réforme des retraites et des décrets d’application de transformation de la fonction publique. En concentrant les moyens sur quelques grands pôles d’« excellence », en privilégiant la sélection par appels à projets, la mise en concurrence systématique des laboratoires et la réduction drastique des recrutements pérennes réservés à une minorité chargée de piloter le travail précaire, les orientations envisagées conduiraient à un démantèlement et à une dislocation du service public. Elles amplifieraient une approche managériale de la recherche qui a conduit à la crise actuelle.

 

Les membres du LARHRA, titulaires ou contractuel·les, chercheur·es, enseignant·es-chercheur·es, doctorant·es, ingénieur·es, administratif·ves, technicien·nes, condamnent de telles orientations dont les fondements sont mis à mal par plusieurs enquêtes empiriques (voir notamment https://laviedesidees.fr/La-recherche-est-un-bien-commun-4642.html). Elles et ils tiennent à rappeler fermement les conditions qu’ils jugent fondamentales pour garantir le bon fonctionnement, la qualité et le rayonnement de la recherche publique française en sciences humaines et sociales :

 

  • Un plan massif de soutien à la recherche publique et de l’enseignement supérieur, dont le financement peut être assuré par une réorientation vers la recherche publique des budgets du crédit impôt recherche (CIR) qui ont généré d’important effets d’aubaines et dont un audit impartial et transparent s’impose.

 

  • L’affirmation d’un financement pérenne des activités de recherche pour l’ensemble des établissements et des équipes de recherche, condition indispensable d’une activité scientifique sereine et indépendante. Un soutien fort aux logiques de coopération scientifique, contre la mise en concurrence systématique et la réduction de la recherche à la seule recherche appliquée jugée rentable à court terme au détriment de la recherche fondamentale.

 

  • La reconnaissance et la consolidation de tous les statuts de la recherche publique.

 

  • Un plan durable de créations de postes de titulaires pour lutter contre la précarité des ingénieur·es, administratif·ves, technicien·nes comme celle des jeunes chercheur·es, trop souvent recruté·es en CDD, veiller à la stabilisation de leur situation, compenser la baisse importante des effectifs constatée depuis plusieurs années, et mettre fin à la surcharge de travail.

 

  • L’augmentation du nombre des contrats doctoraux.

 

  • Le maintien d'un équilibre entre enseignement et recherche, avec des congés de formation et de recherche réguliers, l’allègement des charges administratives et le refus de toute augmentation du service d’enseignement au delà des 192 heures statutaires.

 

  • La préservation d’une évaluation par les pairs privilégiant la qualité des productions et des parcours plutôt que leur quantité. Un audit véritable et transparent évaluant les coûts réels des procédures actuelles d’évaluation quantitative et de l’inflation des financements sur appels à projet (coûts des heures consacrées au montage des projets, à leur évaluation et à leur gestion).

 

  • Une politique ambitieuse en SHS qui, dans le respect de la liberté de pensée et de réflexion des chercheur·es, ne les soumette pas aux contraintes de « demandes sociales » définies par le haut. Les SHS ne peuvent être réduites à un « supplément d’âme » des sciences dites « dures ». Leurs spécificités doivent réellement être prises en compte dans la définition des programmes scientifiques et dans les processus d’allocation des ressources. En développant les capacités d’analyse critique, en dévoilant les déterminismes sociaux et les processus créateurs d’inégalités passés et présents, elles offrent les outils permettant de remédier à ces inégalités pour avancer dans la voie d’une société plus démocratique, plus juste et plus solidaire.

 

Mobilisé·es, les membres du LARHRA expriment leur opposition aux orientations de la future Loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR). Elles et ils demandent la mise en place d’une véritable concertation impliquant tous les acteurs concernés.

 

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