Karine-Larissa Basset

Maître de conférence en histoire contemporaine ; titulaire de la chaire cnrs "Territoires" (2010-2015), Université Grenoble Alpes

Axe(s) / transversalité(s) : Territoires, économie, enjeux sociétaux, Atelier Images-sons-mémoires

Programmes de recherche en cours

A travers un programme de recherche intitulé « La production des territoires entre nature et autochtonie : histoire et anthropologie des espaces protégés », j’interroge la production de nouveaux territoires dans l’Europe méridionale de l’après Seconde guerre mondiale, en liaison avec les dynamiques de patrimonialisation de la nature et de la culture.

Il s’agit d’approfondir la réflexion engagée dans différentes disciplines sur l’identité territoriale des espaces naturels protégés, à partir de l’analyse critique, dans le temps et dans l’espace, d’une conception particulière de protection à l’œuvre en Europe méridionale. Cette conception repose sur l’idée d’une « nature culturelle » et s’opposerait à une conception d’origine américaine reposant sur la notion de « wilderness ». L’idée d’une « nature culturelle » implique la présence de savoirs locaux et de populations « natives » ayant forgé ces territoires. Cela ouvre nécessairement sur les rapports entre institutions et populations dites « autochtones ». Dans son élaboration d’une politique de protection de la nature, la France a particulièrement mis en discours cette singularité. La notion de « modèle français » ou de « Parc à la française » (Larrère, 1997), répandue aussi bien par les acteurs institutionnels que par les chercheurs (Bérard, Cegarra, et alii, 2005), met ainsi l’accent sur l’attention particulière qui serait accordée, à l’intérieur des parcs, nationaux et régionaux, à l’anthropisation des milieux naturels, aux patrimoines culturels et aux savoirs locaux. Cette notion pose problème, dans la mesure où elle masque la profondeur historique des dynamiques de sens à l’œuvre dans les conflits persistants qui opposent les différents usagers de ces territoires institués « entre nature et culture ».

Entre utopies fondatrices et créations institutionnelles, les espaces protégés comme espaces d’innovation  

La recherche sur les idées fondatrices des Parcs nationaux français a montré qu’un certain investissement utopique est très largement présent dans la genèse de ces institutions, mais qu’il se serait produit comme un hiatus à partir de la création effective de ces parcs, entre les pensées fondatrices et la réalité institutionnelle. On a pu parler alors, à propos de la déception des pionniers, d’une « utopie escamotée » (Larrère). Pour autant, on peut émettre l’hypothèse que le « ferment utopique » ne disparaît pas du jour de l’incarnation de ces « territoires d’exception » que sont les parcs nationaux. La recherche peut s’attacher alors à déceler dans les institutions et les territoires effectivement créés, à la fois les traces persistantes des utopies originelles (dans les discours, les attentes, les expressions conflictuelles à l’intérieur de l’institution mais aussi les tentatives, les projets non retenus…), mais également l’ensemble des éléments qui tendent à faire des espaces naturels protégés des lieux qui n’existent nulle part ailleurs et qui déploient une perspective de réaction, de résistance à l’existant[1]. Au-delà de la question de la persistance d’un imaginaire utopique, l’invention institutionnelle de chaque espace protégé pose intrinsèquement le problème de l’innovation (les parcs sont une innovation en soi, puisqu’à chaque fois qu’un parc se créée tout est à inventer) : il s’agit alors de voir quel contenu exact les acteurs ont donné à cette innovation, depuis les détenteurs du pouvoir d’agir institutionnel (directeurs, président de CA, représentants des administrations centrales), les premiers chargés de mission qui impriment une direction à tel ou tel domaine d’action du Parc (la protection, l’animation, la recherche etc.) jusqu’au personnel de terrain, dont on peut individuellement questionner les motivations, les attentes, les rêves lors de leur engagement professionnel et la façon dont ils ont pu, concrètement, dans leur pratique professionnelle, être conduit à inventer, à créer. Mais, au-delà de la période proprement créatrice de ces parcs de « première génération », la question doit être posée du maintien ou non de la capacité innovante des parcs nationaux (auquel cas, sur quoi repose-t-elle ?), laquelle doit être saisie au regard de l’évolution globale de la dynamique institutionnelle de chaque parc.

Cette réflexion, amorcée depuis 2007 a été nourrie par les données d’une vaste enquête sur le Parc national des Cévennes, dont les résultats seront valorisés progressivement au cours de l’année 2014-2015.

 


[1] Certains, analystes (cf. J. Fall, 2004) suggèrent d’explorer la notion foucaldienne d’hétérotopie, peut-être davantage ajustée que celle d’utopie à l’analyse des espaces protégés existants.

Parcours

  • Depuis septembre 2010, Maître de conférence en histoire contemporaine, Université Pierre Mendès-France, Grenoble ; en délégation Cnrs sur la chaire d’excellence "territoire : risques, aménagement, patrimoine".
  • 2008-2009 : Chargée de recherche pour l’association Clair de terre dans le cadre du programme Histoire et mémoires du Parc national des Cévennes. Financement DRAC Languedoc, PNC.
  • 2007-2008 : Contrat postdoctoral dans le cadre du programme européen RAMSES2 (CNRS/UMS 841, Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme).
  • 2006-2007 : Contrat postdoctoral dans le cadre du programme européen RAMSES2 (CNRS / UMR 6570  TELEMME, Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme).
  • 01-10 2005 : Chargée de recherche pour le Groupe audois de recherche et d’animation ethnologique (Ethnopôle GARAE), dans le cadre du programme Histoire et mémoires du Parc national des Cévennes (phase 1).
  • 2003-2004 : Chargée de recherche et animatrice scientifique pour l’association Alpes de Lumière (04100 Mane).
  • 2002: Soutenance d'une thèse de doctorat intitulée « Nos ancêtres les Sarrasins ». Une altérité originelle face à l’histoire. Analyse historique d’un récit d’ascendance (France, XIXe-XXe s), à Paris, le 25 mai 2002, devant un jury présidé par : Jacques Guilhaumou, directeur de recherche au CNRS, ENS de Lyon et composé de Pierre Boilley, professeur à l’Université Paris I ; Didier Francfort, maître de conférence HDR à l’Université Nancy 2 ; Gilbert Meynier, professeur à l’Université Nancy 2 (directeur de thèse) ; Philippe Joutard, professeur à l’Université de Provence ; Fara Radjaoanah, professeur à l’Université Paris VII [Mention Très honorable avec les félicitations du jury, à l’unanimité].
  • 1995-2001 : Allocataire de recherche, doctorante au laboratoire SEDET, Université Paris VII.  

Responsabilités

  • Responsable du programme de recherche "Singulariser les territoires de montagne. Approches critiques des processus de labellisation dans les constructions territoriales" (2015-2018) http://labexitem.fr/projet/singulariser-les-territoires-de-montagne-approches-critiques-des-processus-de-labellisation
  • Participation à l’élaboration du projet de laboratoire d’excellence sur le thème Innovation et territoires de montagne (Labex ITEM), projet retenu (2011-2017) ; membre du comité de direction (2011-2014).
  • Responsable, avec Véronique Peyrache-Gadeau (Edytem), de l’atelier « Territoires et expérimentation » du labex Item (2011-2014) ; animatrice de l’équipe « Cultures et sociabilités en Territoires de montagne » dans cet atelier. [http://reflaction.hypotheses.org].
  • Responsable du programme « Histoire et mémoires du Parc national des Cévennes – Deuxième phase de recherche : 1970-2006, (2011-2014), en collaboration avec l’association Clair de Terre, co-financement DRAC Languedoc-Roussillon, Parc national des Cévennes.
  • Coordinatrice éditoriale (sous la responsabilité de Thierry Fabre) du Dictionnaire de la Méditerranée, projet  du programme européen RAMSES2 (2007-2008).
  • Coordinatrice scientifique, avec Maryline Crivello, de l’atelier « Mémoires en Méditerranée, entre histoire et politique », dans le cadre du programme européen RAMSES2 (2006-2007) [http://dakirat.hypotheses.org/archives-ramses2]
  • Coordinatrice scientifique, avec Maryline Crivello (UMR Telemme) des rencontres internationales Des lieux porteurs de temps : fragments de récits et mémoires en Méditerranée, Alexandrie, Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme, Centre d’études Alexandrine,  Bibliotheca  Alexandrina, 1-4 septembre 2006. [http://dakirat.hypotheses.org/archives-ramses2/des-lieux-porteurs-de-temps-fragments-de-recits-et-memoire-en-mediterranee]

Enseignements

Institut d’Urbanisme, Université Pierre Mendès-France, Grenoble

  • Histoire des espaces urbains
  • Histoire du patrimoine naturel et culturel (18e-21e siècles)

UFR d'histoire et d'histoire des arts, Université Pierre Mendès France

  • Histoire du territoire, Histoire de la protection de la nature et de l’environnement
  • La mémoire, le récit, les approches biographiques en histoire

Publications

Ouvrages scientifiques

  • Aux origines du Parc national des Cévennes. Des précurseurs à la réalisation (le 2 septembre 1970), préface d’Isabelle Mauz, Florac, Parc national des Cévennes, 2010, 241 p.
  • Pierre Martel et le mouvement Alpes de lumière. L’invention d’un territoire (1953-1983), La Tour d’Aigue, Les éditions de l’Aube, 2009, 253 p.
  • Le légendaire sarrasin en France. Configurations et histoire d’un contre-récit national, préface de Philippe Joutard, Grenoble, Centre Alpin et Rhodanien d’Ethnologie, 2006, 332 p. (ouvrage issu de la thèse de doctorat).

Co-direction d'ouvrage

  • avec M. Crivello, D. Nicolaïdis et O. Polycandriotti (éds.), Les échelles de la mémoire en Méditerranée, Arles, Actes Sud, 2010.

Contribution à des ouvrages collectifs

  • « L’invention des parcs nationaux français  entre modernisation et décolonisation : la quête d’une singularité (1950-1970) », in Ch.-F. Mathis et J.-F. Mouhot (dir.), Une protection de la nature et de l’environnement à la française ?, Paris, Champ Vallon, 2013, p. 170-181.
  • Aux origines du Parc national des Cévennes : des projets de territoire contrastés (1950-1960), in R. Larrère, B. Lizet et M. Berlan-Darqué (éds.), Histoire des parcs nationaux. Comment prendre soin de la nature?, Paris, Quae, 2009, p. 77-94.
  • « L’ancestralisation des Alpes de Lumière. Les dynamiques d’engendrement d’un territoire, entre histoire, mythe et biographie », in J.-N. Pelen, M. Crivello (dir.), La quête des ancêtres, Grenoble, Publications du Musée Dauphinois, 2009, p. 83-94.
  • « L’homme qui saignait le sang versé des Sarrasins », in M. Crivello, J.-N. Pelen (dir.), Individu, récit, histoire, Aix-en-Provence, Publications de l’Université de Provence, 2008, p.  225-234.
  • « L’érudition et le légendaire sarrasin dans la région Rhône-Alpes », in G. Meynier, M. Russo (dir.), L’Europe et la Méditerranée. Stratégies politiques et culturelles (XIXe-XXe s.), Presses universitaires de Nancy / L’Harmattan, 1999.

Articles dans des revues avec comité de lecture

  • «Le site de "732-la bataille". Ethnographie d'un récit historique entre legs colonial et reconfiguration nationale», Genèses, n° 92, 2013/3, p. 76-101.
  • « Formes, acteurs et enjeux de la participation dans la genèse du Parc national des Cévennes  (1950-1970) », Revue de géographie alpine, [En ligne], 98-1 | 2010, URL : http://rga.revues.org/index1090.html
  • «Suzanne Paquet, Le Paysage façonné. Les territoires postindustriels, l’art et l’usage, Laval, Presses universitaires de Laval, 2009 », Ethnologie française, 3/2010.
  • « La Provence sarrasine : une altérité originelle face à l’histoire », Le Monde alpin et rhodanien, n° 1-3, 2001, p. 125-144.
  • « L’Autre et le même : de quelques figures du Sarrasin dans les traditions érudites et populaires du domaine français », Cahiers du GREMAMO, n° 16, 2000, publications de l’Université Paris 7/L’Harmattan. 
  • « Le légendaire sarrasin. A propos des enquêtes inédites de Charles Joisten dans les Alpes et le Dauphiné », Provence historique, t. XLIX, fasc. 198, 1999, p. 791-814.
  • « Le légendaire sarrasin : de quelques enjeux de mémoire », Confluences Méditerranée, n° 24, 1998, Paris, L’Harmattan, p. 131-161.
  • « Les Sarrasins du Véron. La dynamique discursive d’un légendaire », Cahiers de littérature orale, n° 43, 1998, Paris, INALCO, p. 133-161.
  • « Le légendaire de l’ascendance sarrasine en France : discours érudits et traditions populaires », Bulletin du Centre Pierre Léon d’histoire économique et sociale, 1997, n° 1-2, p. 31-38.

Autres productions

  • Notices biographiques pour le Dictionnaire biographique des acteurs de la protection de la nature : « Pierre Martel et l’association Alpes de Lumière », « Pierre Richard » ; « Lucien Chabason » (avec Isabelle Mauz) ;« Gilbert André » (avec Isabelle Mauz.).

Expertise scientifique

  • Membre associée du Conseil scientifique du Parc national des Cévennes. 48 Florac (depuis 2010).
  • Membre du Conseil scientifique et d’éthique du Parc naturel régional de Camargue et du Musée de la Camargue. 13200 Arles (depuis 2009).
  • Membre du Comité d’orientation de l’ATEN (Atelier technique des espaces naturels)
  • Membre du Comité de lecture du Dictionnaire biographique des acteurs de la protection de la nature (AHPNE)

Expositions

Commissariat de l’exposition Récit d’un territoire. 1953-2003 : une aventure associative en Haute-Provence, Alpes de Lumière. Première présentation : centre d’art contemporain de Forcalquier, 8-19 octobre 2003.