Archéologie, protection et valorisation touristique d'un patrimoine

Les carrières de meules de moulins

par Alain Belmont

 

Le pain était le roi des tables d'autrefois. Les Français d'Ancien Régime en consommaient chaque jour 1 kilo à 1 kilo et demi. Mais pour parvenir jusque dans leur écuelle, ce pain quotidien supposait que les 100.000 moulins existant à l'époque dans notre pays soient équipés de lourdes meules en pierre, pour les rendre aptes à moudre les céréales et à produire de la farine. De ce besoin est née une industrie spécialisée, les carrières de meules de moulins. Ces "meulières", étendues sur plusieurs centaines d'hectares pour les plus vastes d'entre elles, ont laissé des vestiges spectaculaires, sous la forme de fosses semées par dizaines de milliers à travers le paysage, de falaises artificielles percées d'innombrables trous circulaires, ou de salles souterraines aussi amples que des églises de village, aux parois griffées par les outils des meuliers d'antan.

Depuis maintenant 20 ans, une équipe du LARHRA s'est dédiée à l'étude, à la protection et à la valorisation de ces meulières. Outre des missions d'expertise et d'inventaire du patrimoine meulier, notamment dans la "capitale" de cette industrie, La Ferté-sous-Jouarre (Seine-et-Marne) et en Norvège, cette action s'est concrétisée par les fouilles archéologiques de 10 grands sites des régions Rhône-Alpes et Poitou-Charentes, exploités entre l'époque romaine et le XIXe siècle (Quaix-en-Chartreuse, Les Ecouges, Claix, Roullet-Saint-Estèphe, Viuz-en-Sallaz, Saint-André-de-Boëge, Autrans, Corbel), conférant ainsi au LARHRA une compétence en la matière largement reconnue au-delà de nos frontières. La protection de ce patrimoine remarquable s'imposant, nous avons pu obtenir en 2009 le classement comme Monument Historique des carrières du Mont Vouan, en Haute-Savoie, l'un des sites les plus remarquables de notre pays, désormais protégé sur une surface de 120 hectares. Au Mont Vouan comme sur bien d'autres meulières, les visiteurs affluent en grand nombre pour découvrir ce patrimoine extraordinaire de l'histoire du travail et du pain. Mû par le souci de transmettre au grand public le fruit des recherches effectuées, le LARHRA a donc aménagé, en partenariat avec les collectivités locales concernées, trois sentiers de découverte de meulières antiques, médiévales et modernes : le sentier de la meulière des Dauphins, à Mont-Saint-Martin (Isère) ; le sentier de La Pierre à pain, à La Livinière (Hérault) ; et le sentier des riches monts, à Saint-Crépin-de-Richemont (Dordogne). Etirés sur un à quatre kilomètres, ces sentiers remportent un franc succès auprès des visiteurs, contribuant ainsi à l'enrichissement de l'offre touristique des régions dans lesquelles ils s'inscrivent, tout en maintenant vivant le souvenir d'une activité qui fut fondamentale à la vie de nos ancêtres.

 

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